La Chèvre Bhakarwali est associée aux troupeaux des communautés Bakarwal et Gujjar du Jammu-et-Cachemire. Sa conduite repose sur une migration saisonnière entre les plaines hivernales et les pâturages d’altitude. Elle ne doit pas être confondue avec les chèvres sélectionnées d’abord pour la fibre pashmina.
En bref
- La transhumance Bakarwal relie les zones basses du Jammu aux alpages du Cachemire durant la belle saison.
- La Chèvre Bhakarwali est élevée dans des troupeaux mobiles, souvent mêlée à des ovins et accompagnée de chiens de conduite.
- Les itinéraires dépendent de l’état des pâturages, de l’enneigement, des points d’eau et des droits de passage.
- Le système pastoral apporte une réponse alimentaire et économique, mais reste exposé aux conflits fonciers et aux aléas climatiques.
- Le mot Cachemire désigne aussi une fibre textile, sans faire de toute chèvre du Cachemire une productrice de pashmina.
Ce sujet concerne l’élevage mobile de montagne dans l’Himalaya occidental. Il ne décrit ni les conditions sanitaires d’un troupeau, qui relèvent d’un vétérinaire local, ni l’organisation administrative indienne des couloirs pastoraux.
Chèvre Bhakarwali et transhumance du Cachemire
La Chèvre Bhakarwali, parfois désignée dans certaines publications sous les noms de chèvre Kaghani ou Pahari, appartient au paysage pastoral du Jammu-et-Cachemire et des vallées voisines. La nomenclature varie selon les régions, les langues et les travaux zootechniques. Le point stable reste son lien avec les populations pastorales Bakarwal.
Ces éleveurs déplacent traditionnellement des troupeaux de chèvres et de moutons selon l’altitude et la saison. Lorsque les températures remontent, les animaux gagnent les pâturages d’altitude. À l’approche de l’hiver, ils redescendent vers des zones moins froides et moins enneigées.
Cette transhumance n’est pas une promenade de troupeau. Elle suppose des haltes, des points d’eau, des chemins accessibles, une surveillance continue et des abris temporaires. Une bergerie fixe peut servir de point de départ ou de repli, mais le cœur du système reste le déplacement.
Un déplacement organisé par les saisons
Dans ce système de nomadisme pastoral, la montée vers les alpages répond à une logique fourragère. Les zones de basse altitude deviennent plus chaudes, tandis que l’herbe pousse progressivement en altitude après la fonte des neiges. Le troupeau suit cette ressource, sans pouvoir la consommer au même rythme toute l’année.
Le calendrier n’est jamais entièrement fixe. Un enneigement tardif, une sécheresse locale ou une fermeture de passage modifient la marche. Les familles doivent alors revoir les étapes, éviter une zone trop chargée et préserver les animaux fatigués, notamment les chevreaux et les femelles gestantes.
Le parallèle avec la transhumance des chèvres Gaddi aide à comprendre cette conduite himalayenne. Les deux systèmes reposent sur la mobilité, mais chaque groupe pastoral possède ses propres routes, calendriers et usages du territoire.

Pourquoi les pâturages d’altitude restent au centre de l’élevage Bhakarwali
Les pâturages de montagne apportent une végétation estivale que les plaines ne fournissent pas toujours au même moment. Pour un troupeau en déplacement, l’enjeu n’est pas seulement de trouver de l’herbe. Il faut trouver une surface assez vaste pour que le prélèvement reste réparti et que les animaux accèdent à l’eau.
Un pâturage trop chargé se reconnaît vite. Les zones proches des haltes sont broutées ras, les refus s’étendent et les animaux passent plus de temps à chercher qu’à consommer. Dans une conduite mobile, ce signal impose de déplacer le lot plutôt que d’attendre l’épuisement de la ressource.
| Étape pastorale | Milieu recherché | Rôle pour le troupeau | Contrainte principale |
|---|---|---|---|
| Hivernage en basse altitude | Versants plus doux et zones abritées | Limiter l’exposition au froid et à la neige | Disponibilité réduite de fourrage |
| Montée printanière | Étages intermédiaires | Accompagner la repousse progressive | Sentiers humides ou encore enneigés |
| Estive | Alpages et clairières d’altitude | Profiter des repousses estivales | Orages, prédateurs et éloignement |
| Descente automnale | Couloirs de passage vers les plaines | Quitter les secteurs avant l’hiver | Conflits d’usage avec les cultures |
La chèvre explore volontiers les ligneux, les jeunes pousses et les bordures embroussaillées, alors que les moutons valorisent davantage les couverts herbacés. Le mélange des espèces permet donc d’utiliser des végétations différentes sur une même route pastorale. Il n’efface pas la nécessité de garder le troupeau.
Cette logique se distingue de la production de fibre fine. La chèvre Changthangi et le pashmina renvoient à des élevages de haut plateau davantage connus pour leur duvet. La Chèvre Bhakarwali s’inscrit d’abord dans une économie de mobilité, de viande, de lait et de survie pastorale.
Culture himalayenne et agriculture traditionnelle des Bakarwal
La transhumance Bakarwal dépasse la seule question animale. Elle structure l’habitat temporaire, les échanges avec les villages, le rythme scolaire des enfants, la vente des produits d’élevage et l’accès aux marchés. Cette culture himalayenne s’est construite autour du mouvement et de la lecture des saisons.
L’agriculture traditionnelle des zones traversées entretient cependant une relation délicate avec les troupeaux. Le passage d’animaux près d’une culture peut causer des dégâts rapides, surtout durant la descente automnale. Les couloirs, les haltes et les limites des parcelles doivent être connus avant le déplacement.
- Les éleveurs doivent repérer l’eau disponible avant d’engager plusieurs jours de marche.
- Les troupeaux doivent éviter les parcelles cultivées et les secteurs où les récoltes sont encore en place.
- Les passages étroits demandent une conduite plus serrée pour empêcher la dispersion des chèvres.
- Les nuits exigent une protection contre les intempéries, les divagations et les attaques de prédateurs.
- Le retour vers les plaines doit intervenir avant que les cols deviennent impraticables.
Les tensions liées à la transhumance ne sont pas propres au Cachemire. En octobre 2026, un atelier tenu à Nola, en République centrafricaine, a réuni agriculteurs, éleveurs et autorités autour des conflits entre troupeaux, cultures, couloirs de passage et points d’eau. Les territoires diffèrent, mais la contrainte reste la même. Sans règles comprises par tous, le déplacement du bétail devient un facteur de litige.
Ce que la migration saisonnière exige réellement
La représentation d’un troupeau avançant librement dans les montagnes masque le travail quotidien. Les chèvres doivent être comptées, regroupées, abreuvées et surveillées. Les animaux blessés ou affaiblis doivent être isolés rapidement, puis examinés par un vétérinaire si leur état l’exige.
La mobilité ajoute des contraintes matérielles. Les familles transportent ou retrouvent sur l’itinéraire des couvertures, des ustensiles, des réserves alimentaires et parfois des équipements destinés aux jeunes animaux. La bergerie n’est pas toujours un bâtiment permanent. Elle peut prendre la forme d’un enclos de nuit ou d’un abri temporaire adapté aux conditions locales.
La route pastorale ne remplace pas une conduite de troupeau
Une transhumance tient lorsque les étapes sont réalistes pour les animaux. Un trajet trop long, une rupture d’eau ou une halte surchargée peuvent compromettre plusieurs jours de marche. Les chèvres sont résistantes, mais elles ne compensent pas une mauvaise préparation par leur seule capacité à grimper.
Le propriétaire ou le détenteur d’animaux doit aussi pouvoir identifier son cheptel et justifier sa détention selon les règles applicables dans son pays. En France, les obligations liées aux détenteurs d’ovins et de caprins sont expliquées dans ce guide sur le numéro EDE et l’identification des détenteurs d’animaux. Cette référence ne s’applique pas au Jammu-et-Cachemire, mais elle rappelle qu’un troupeau mobile reste sous responsabilité humaine.
Le système Bhakarwali ne convient pas à une lecture romantique du nomadisme. Il repose sur des savoirs de conduite, des accès fonciers, une connaissance précise des reliefs et une capacité à réagir vite lorsque la météo ferme un passage ou que les pâturages ne suffisent plus.
Cachemire textile et Chèvre Bhakarwali, une confusion à éviter
Le Cachemire est aussi le nom d’une fibre animale provenant du duvet fin de certaines chèvres. Cette matière est souvent associée aux hauts plateaux froids d’Asie, où un sous-poil dense protège les animaux durant l’hiver. La fibre destinée au textile est triée, débarrassée des poils grossiers, puis lavée et filée.
Cette réalité industrielle ne permet pas d’affirmer que toute chèvre élevée au Cachemire produit un cachemire textile comparable. Les critères de finesse du duvet, les pratiques de récolte, les débouchés et la sélection animale changent fortement d’un cheptel à l’autre. Une appellation géographique ne remplace pas une caractérisation de fibre.
Les données fréquemment reprises sur le marché mondial situent la plus grande part de la production de duvet de cachemire en Chine et en Mongolie. Elles doivent être maniées avec prudence, car les chiffres varient selon que l’on parle de fibre brute, de fibre lavée, de duvet dépoilé ou de produit fini.
Pour comprendre la Chèvre Bhakarwali, il faut donc partir du troupeau, des itinéraires et des pâturages. Le textile peut appartenir à l’histoire régionale du Cachemire, mais la transhumance Bakarwal répond d’abord à une nécessité d’élevage et de subsistance.
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