La Chèvre de Savoie, aussi appelée Chèvre des Savoie, est une race caprine issue de l’arc alpin savoyard et de la vallée d’Aoste. Reconnue comme race française en 2020, elle doit sa survie à un programme engagé face à un effectif très réduit au début des années 2000.
En bref
- La race provient des Savoie et de la vallée d’Aoste, territoires réunis sous la Maison de Savoie jusqu’en 1860.
- Elle se distingue de l’Alpine chamoisée par sa grande diversité de robes, du noir au blanc, avec des animaux souvent cornus.
- L’inventaire de 2002 comptait seulement 326 femelles et 39 mâles, ce qui imposait une action de conservation rapide.
- L’Association de Sauvegarde créée à Thônes le 12 janvier 2001 structure l’inventaire, les accouplements et la promotion de la race.
- Cette chèvre rustique valorise les pentes, parcours pauvres et fourrages locaux, dans des élevages souvent proches de 50 animaux.
Ce contenu porte sur l’histoire, les aptitudes et la sauvegarde de cette race caprine locale. Il ne remplace ni le conseil d’un éleveur sélectionneur pour l’achat d’animaux, ni l’avis d’un vétérinaire pour la conduite sanitaire d’un troupeau.
Quelle est l’origine alpine de la Chèvre de Savoie ?
L’origine alpine de la Chèvre de Savoie se situe dans les actuels départements de Savoie et de Haute-Savoie, avec des liens historiques forts vers la vallée d’Aoste. Avant le rattachement de la Savoie à la France en 1860, ces territoires appartenaient au même ensemble politique sous la Maison de Savoie.
Cette origine se lit dans le mode d’élevage traditionnel. Pendant la belle saison, les bovins montaient fréquemment dans les alpages, tandis que les chèvres restaient près des villages et des hameaux. Elles utilisaient les talus, les lisières, les petites parcelles et les espaces plus difficiles à mécaniser.
Les témoignages recueillis auprès des anciens éleveurs décrivent une population très variée. La chèvre savoyarde n’était pas limitée à la robe chamoisée aujourd’hui familière dans les Alpes. Elle réunissait des sujets noirs, blancs, gris, pie, bruns ou chamoisés, généralement à poil court et souvent porteurs de cornes.
Pourquoi la robe chamoisée ne résume pas la population savoyarde
Après la Seconde Guerre mondiale, le type chamoisé s’est largement diffusé dans les élevages caprins français. Cette progression a contribué à réduire la visibilité des autres robes alpines. La Chèvre des Savoie rassemble précisément la population caprine alpine locale non chamoisée conservée dans les massifs savoyards.
Cette diversité n’est pas un détail décoratif. Elle constitue une part du patrimoine local et un matériau de travail pour la conservation des lignées. Les génotypages cités par Capgènes, consulté en 2026, ont contribué à établir que la Chèvre des Savoie forme une population distincte de sa cousine Alpine.
En 1922, des chèvres savoyardes ont aussi été exportées vers les États-Unis. La race Alpine américaine s’y est ensuite fortement développée, mais son histoire ne doit pas effacer celle des populations restées dans les Alpes du Nord.

Comment la race caprine a-t-elle évité la disparition ?
La sauvegarde ne partait pas d’un effectif confortable. À la fin des années 1990, Claude Dufreney alertait dans le journal de l’association FERME sur la raréfaction des « Alpines polychromes » dans les montagnes savoyardes. Cette appellation désignait alors les chèvres locales aux robes diverses.
L’Association de Sauvegarde de la Chèvre des Savoie a été fondée à Thônes le 12 janvier 2001. Son rôle est de repérer les animaux correspondant au type racial, de suivre les origines, de soutenir la reproduction et de faire connaître la race auprès de nouveaux éleveurs.
L’inventaire conduit en 2002 a mesuré l’urgence. Avec 326 femelles pour 39 mâles, le risque portait autant sur le faible nombre d’animaux que sur la concentration possible des parentés. Une population réduite demande des accouplements suivis, pas une simple multiplication des naissances.
| Période | Événement | Effet sur la race | Enjeu de conservation |
|---|---|---|---|
| 1922 | Exportation de chèvres savoyardes vers les États-Unis | Diffusion lointaine d’animaux alpins | Distinguer l’histoire locale de l’essor de l’Alpine américaine |
| Fin des années 1990 | Alerte sur la disparition des Alpines polychromes | Prise de conscience collective | Retrouver les troupeaux et les lignées locales |
| 2001 | Création de l’association de sauvegarde | Organisation des éleveurs et des inventaires | Mettre en place un suivi durable |
| 2002 | Inventaire de 326 femelles et 39 mâles | Confirmation d’un effectif critique | Éviter l’érosion de la diversité génétique |
| 2020 | Reconnaissance officielle de la race | Statut de race caprine française | Poursuivre le développement sans perdre les caractéristiques locales |
La reconnaissance de 2020 change-t-elle le travail des éleveurs ?
La reconnaissance de la Chèvre des Savoie comme race en 2020 donne un cadre plus solide à son développement. Elle ne met pas fin au travail de terrain. Une race à faible effectif reste dépendante de la qualité des relevés d’origine, du maintien de plusieurs lignées et de l’implication des détenteurs d’animaux.
La sélection génétique menée avec l’appui de Capgènes, de l’Institut de l’Élevage, du contrôle laitier et des partenaires locaux vise d’abord à préserver. Il s’agit de consolider une population adaptée à son territoire, sans la réduire à une seule couleur de robe ou à un modèle productif standardisé.
Les éleveurs bénévoles restent au centre du dispositif. Sans déclaration des animaux, transmission des données d’origine et participation aux actions collectives, une association de conservation perd rapidement sa capacité à orienter les croisements.
Quelles aptitudes de montagne possède la Chèvre de Savoie ?
La Chèvre de Savoie présente une aptitude laitière, mais son intérêt ne se limite pas au lait. Cette race rustique sait utiliser des terrains de montagne pauvres, pentus ou morcelés, là où les parcours offrent une végétation moins régulière qu’une prairie de plaine.
Son élevage reste souvent organisé à petite échelle. Les troupeaux comptent en moyenne autour de 50 chèvres selon les références régionales disponibles en 2026. La belle saison se déroule en plaine ou en alpage suivant le système, puis l’hiver repose sur les fourrages locaux, avec un complément de concentrés lorsque le rationnement le demande.
Cette capacité à valoriser un territoire ne dispense d’aucune conduite. Un troupeau exige une ressource en eau, une clôture contrôlée, une surveillance quotidienne, une protection contre les végétaux toxiques et une solution pour l’hivernage. Les chèvres ne doivent pas être placées sans protection sur une parcelle plantée récemment, car elles peuvent écorcer les jeunes ligneux.
Du lait transformé près du lieu de production
Dans les systèmes savoyards, le lait est généralement transformé sur l’exploitation. Les circuits de vente restent proches, avec les marchés, crémeries, magasins de producteurs et stations de ski. Ce lien entre production, transformation et vente locale permet de garder la valeur ajoutée dans les vallées concernées.
Cette orientation diffère d’une logique de volume. Elle associe souvent produit fermier, entretien de pratiques pastorales et maintien d’un élevage traditionnel. La comparaison avec la chèvre poitevine et sa vocation laitière rappelle que chaque race locale porte une histoire de territoire, de débouchés et de conduite propre.
Pourquoi la conservation de la Chèvre de Savoie concerne-t-elle la biodiversité ?
La biodiversité ne se mesure pas seulement au nombre d’espèces présentes sur un alpage. Elle concerne aussi la diversité des animaux domestiques élevés, leurs lignées et les pratiques qui maintiennent des paysages ouverts. Conserver une race locale, c’est éviter qu’un territoire ne dépende d’un nombre trop réduit de profils génétiques.
La Chèvre de Savoie participe à une agriculture durable lorsqu’elle reste liée à des fourrages du territoire, à des parcours réellement pâturables et à une transformation cohérente avec la taille du troupeau. Ce bénéfice ne se décrète pas : il dépend de la pression de pâturage, de la saison, de l’état des sols et de la présence d’espèces végétales sensibles.
Un pâturage trop long sur une pente fragile peut dégrader le couvert végétal. À l’inverse, l’abandon complet d’un secteur peut favoriser la fermeture du milieu. La conduite doit donc être ajustée par des personnes qui connaissent la parcelle, et les résultats écologiques doivent être suivis avec des indicateurs adaptés lorsque l’objectif porte sur la biodiversité.
La sauvegarde de cette race repose enfin sur un choix concret : maintenir des animaux, des éleveurs, des débouchés et des échanges entre troupeaux. Une reconnaissance administrative protège un nom ; la conservation protège une population vivante.
La Chèvre de Savoie est-elle la même race que la chèvre Alpine ?
Non. La Chèvre des Savoie est une race locale distincte de l’Alpine. Les travaux de génotypage évoqués par Capgènes ont contribué à confirmer cette différenciation, tandis que la race savoyarde conserve une diversité de robes non chamoisées issue des populations alpines anciennes.
Depuis quand la Chèvre des Savoie est-elle reconnue comme race ?
La Chèvre des Savoie a obtenu son statut de race caprine française en 2020. Cette reconnaissance prolonge le travail de sauvegarde engagé par les éleveurs et leur association depuis 2001.
Quel était l’effectif de la race au début du programme de sauvegarde ?
L’inventaire réalisé en 2002 recensait 326 femelles et 39 mâles. Ce faible effectif expliquait l’urgence d’organiser la conservation des lignées et le suivi des reproductions.
Peut-on utiliser des Chèvres de Savoie pour entretenir une parcelle ?
La race est rustique et adaptée aux terrains difficiles de montagne, mais l’usage d’un troupeau pour l’entretien suppose de vérifier l’eau, l’accès, la clôture, les végétaux toxiques et la protection des plantations. Les jeunes arbres non protégés constituent une contre-indication nette avec des chèvres.
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